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requête de thalie

Bibliothèque de l’Arsenal, manuscrit 9577, p. 351–354. Télécharger au format PDF.

Requête de Thalie
en faveur des théâtres de la Foire

À Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d’Orléans, Régent de France Cette requête fut présentée en 1715 pour l’Opéra-Comique et reçue. (Note du manuscrit.)

Prince sans pair en esprit, en valeur,

Fameux héros qu’un poète d’honneur

Peut à son gré fêter en conscience

Oh que tu vas bien régenter la France !

Ceci n’est pas d’un prophète incertain

L’enthousiasme, et sans être devin

Déjà partout est aisé de prédire

Ce que feras pour le bien de l’empire ;

Depuis longtemps on sait ce que tu vaux :

Pas n’est besoin de farder des défauts

En te peignant : ce sont d’autres méthodes ;

Non, tes vertus ne sont pas dans les odes

Qu’on fait pour toi, tu les as dans ton cœur ;

Et le héros brille sans l’imprimeur.

Nous t’avons vu sortant de la victoire

Fuir les lauriers que t’apportait la gloire…

En ta présence on n’ose te chanter,

Prince, un rimeur qui prétend t’exalter

Doit à l’écart dire ses paténotres

Et te louer comme il médit des autres.

Quel phénomène aux yeux de l’univers !

Ton cœur content de rendre heureux les nôtres

Aime bien mieux nos transports que nos vers.

Mais n’imitons cent pindares divers

Qui vont t’offrir un poétique hommage

Œuvre où fadeur triomphe à chaque page

Et qu’en bâillant accompagne l’ennui.

Venons au fait. J’implore ton appui.

Dans mes états que ton ordre ramène

La liberté qui toujours de la scène

Fût l’apanage : augmente mon pouvoir

Et du public justifiant l’espoir

Comme le goût, permets aux ris folâtres

De s’égayer sur de nouveaux théâtres ;

Des jeux forains établis le repos ;

Sur les plaisirs lève-t-on des impôts ?

Souffriras-tu que des traitants lyriques Les syndics des créanciers de l’Opéra. (Note du manuscrit.)

De leur moisson sèvrent les champs comiques

Quand j’aperçois cent maltôtiers tremblants La chambre de justice. (Note du manuscrit.)

Pâlir au bruit de tes soins vigilants ?

Que l’Opéra sans rançonner la Foire

Par ses talents se soutienne avec gloire ;

Quoi donc Roland On jouait alors Roland à l’Opéra. (Note du manuscrit.) sera sans brodequin

S’il ne se chausse aux dépens d’Arlequin ?

Puisqu’à présent présent on pleure aux comédies

Permets de rire à maintes tragédies

Modestement, quand le cas le voudra ;

Or en ceci je trouve l’opéra

Compris de droit ; qu’enfin sous ta régence

On parodie avec pleine licence

Les Calypso L’opéra de Télémaque parodié par M. Le Sage avec un succès brillant. (Note du manuscrit.) sans craindre le holà ;

Nous n’aurons plus à siffler que cela.