Bibliothèque de l’Arsenal, manuscrit 9577, p. 351–354. Télécharger au format PDF.
Requête de Thalie
en faveur des théâtres de la Foire
Prince sans pair en esprit, en valeur,
Fameux héros qu’un poète d’honneur
Peut à son gré fêter en conscience
Oh que tu vas bien régenter la France !
Ceci n’est pas d’un prophète incertain
L’enthousiasme, et sans être devin
Déjà partout est aisé de prédire
Ce que feras pour le bien de l’empire ;
Depuis longtemps on sait ce que tu vaux :
Pas n’est besoin de farder des défauts
En te peignant : ce sont d’autres méthodes ;
Non, tes vertus ne sont pas dans les odes
Qu’on fait pour toi, tu les as dans ton cœur ;
Et le héros brille sans l’imprimeur.
Nous t’avons vu sortant de la victoire
Fuir les lauriers que t’apportait la gloire…
En ta présence on n’ose te chanter,
Prince, un rimeur qui prétend t’exalter
Doit à l’écart dire ses paténotres
Et te louer comme il médit des autres.
Quel phénomène aux yeux de l’univers !
Ton cœur content de rendre heureux les nôtres
Aime bien mieux nos transports que nos vers.
Mais n’imitons cent pindares divers
Qui vont t’offrir un poétique hommage
Œuvre où fadeur triomphe à chaque page
Et qu’en bâillant accompagne l’ennui.
Venons au fait. J’implore ton appui.
Dans mes états que ton ordre ramène
La liberté qui toujours de la scène
Fût l’apanage : augmente mon pouvoir
Et du public justifiant l’espoir
Comme le goût, permets aux ris folâtres
De s’égayer sur de nouveaux théâtres ;
Des jeux forains établis le repos ;
Sur les plaisirs lève-t-on des impôts ?
Souffriras-tu que des traitants lyriques Les syndics des créanciers de l’Opéra. (Note du manuscrit.)
De leur moisson sèvrent les champs comiques
Quand j’aperçois cent maltôtiers tremblants La chambre de justice. (Note du manuscrit.)
Pâlir au bruit de tes soins vigilants ?
Que l’Opéra sans rançonner la Foire
Par ses talents se soutienne avec gloire ;
Quoi donc Roland On jouait alors Roland à l’Opéra. (Note du manuscrit.) sera sans brodequin
S’il ne se chausse aux dépens d’Arlequin ?
Puisqu’à présent présent on pleure aux comédies
Permets de rire à maintes tragédies
Modestement, quand le cas le voudra ;
Or en ceci je trouve l’opéra
Compris de droit ; qu’enfin sous ta régence
On parodie avec pleine licence
Les Calypso L’opéra de Télémaque parodié par M. Le Sage avec un succès brillant. (Note du manuscrit.) sans craindre le holà ;
Nous n’aurons plus à siffler que cela.